Des panthères terrorisent Bombay : vraie jungle contre jungle urbaine
NEW DELHI (AFP),
le 01-07-2004
Cela ressemble à du Kipling qui se serait trompé d'époque et aurait mal tourné: Bagheera, la panthère du Livre de la jungle, terrorise Bombay, capitale financière de l'Inde moderne.
Kashubaba Pujari, 55 ans, dormait quand un fauve l'a entrainé par le cou et tué avant de lui dévorer la cuisse gauche à Mulund, en début de semaine, aux abords du Sanjay Gandhi National Park, une réserve de plus de 100 Km2 s'étendant au nord de la mégapole de 14 millions d'habitants.
La même nuit, dans une zone voisine, Raju Yadav, 18 ans, a lui aussi été tué dans son sommeil par une des quelque 35 panthères de la réserve qui sert de poumon à la plus grosse ville du pays.
Baba et Yadav sont les dernières victimes d'une série d'attaques d'hommes, femmes, enfants, vieillards, dont la fréquence croissante fait souffler un vent de panique sur les banlieues attenantes au parc.
En un mois, les léopards ont tué dix fois, quatorze fois depuis le début de l'année, et on compte plus d'une quinzaine de morts, et autant de blessés en un an, selon un recensement du grand quotidien The Hindu.
"Jungle contre jungle de béton, la bataille que Bombay est en train de perdre", écrit l'Indian Express, se faisant l'écho de l'alerte aux "mangeurs d'homme".
La plupart des incidents se sont produits à la périphérie du parc où les fauves s'aventurent à la recherche de proies faciles que leur offrent l'avancée urbaine. Bloquée par la mer, la ville pousse ses limites vers le nord, empiétant sur l'habitat naturel des animaux.
"Le problème a été créé par l'homme", déclare Ashok Khot, un responsable des forêts.
Les classes moyennes de la capitale boursière de l'Inde, apprécient les résidences qui ont poussé dans la verdure, à l'écart de la congestion et de la pollution du centre.
La progression de Bombay au cours des vingt dernières années a détruit la zone tampon qui séparait autrefois le parc, créé en 1982, des habitations et où les animaux avaient l'habitude de s'aventurer, ignorant les limites administratives.
Mais leurs poubelles ont attiré les chiens et chats errants, proies tentantes pour les panthères.
Le problème est aggravé par la présence de sqatteurs, plusieurs dizaines de milliers de personnes, vivant à l'intérieur même du parc naturel avec poulets, chèvres et autres animaux.
En temps normal, le léopard ne s'attaque pas à l'homme pour le manger.
On note que les victimes de la réserve de Bombay offrent généralement une cible plus facile qu'un homme debout. Il s'agit souvent de gens couchés, accroupis, d'enfants, ou d'adeptes du yoga se livrant à leurs exercices dans la nature.
Mais une fois le pas franchi, il peut y prendre goût, disent des spécialistes.
A la différence du tigre, qui a besoin de grands espaces, la panthère s'adapte facilement à un environnement semi-urbain. On en a vu sur le campus de L'Indian Institute of Technology, de Poway, une banlieue située à l'extrémité sud du parc, près des complexes d'habitation et même dormant dans des bus dans des dépôts proches de la forêt.
Les autorités ont fini par s'alarmer du problème mais reconnaissent qu'il ne sera pas facile de trouver une solution au conflit entre l'homme et l'animal.
Trois panthères soupçonnées d'avoir tué des gens ont été anesthésiées et capturées cette semaine pour être transportées loin des habitations.
Des cochons et volailles ont été lachés dans la nature pour y être dévorés par les fauves et les dissuader de rôder près des maisons.
Il est aussi question de construire une barrière autour du parc, ou du moins de sa partie la plus en contact avec les banlieues.
Les autorités ont invité les habitants à se protéger derrière de hauts murs. Des patrouilles ont été mises en place, et certains lotissements ont décrété un couvre-feu.
Quant aux squatteurs, un tribunal a ordonné leur éviction en 2002 mais ils ne veulent pas partir sans assurance d'être relogés ailleurs et le problème est devenu une question de politique locale.
Source
www.afp.com/
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